Une journée dans la peau d’une loque

Musée de la communication

Dans le métro de Berlin, certaines personnes ont un rire qui parait très faux, mais qui dure si longtemps qu’on finit par comprendre que c’est un vrai rire qui vient du coeur, le genre de rire qu’on n’entend que quand la personne est vraiment, vraiment heureuse.

Il y en a eu deux à chaque extrémités de mon train ce matin.

Dans le métro, aussi, les gens sont plus ouverts, plus attentifs qu’à Paris. Ils parlent, ils écoutent, ils sourient. Les wagons sont jaunes. Hier après midi une femme était assise en face de moi, et elle souriait à tout le monde, à l’enfant à ma gauche, à la fille à ma droite, au wagon tout entier, tout lui plaisait, elle avait l’air contente. Quand je suis partie elle m’a dit au revoir.

La sociabilisation du futur

Hier matin je ne voulais pas rester à l’auberge de jeunesse mais je voulais bouger et rentabiliser la carte spéciale de musées que j’ai achetée. Je suis allée au musée de la communication, et j’ai souri, parce que je n’avais pas regardé exactement ce que c’était, et que c’était beaucoup mieux que je ne pensais: c’est le genre de musée où l’on peut s’amuser. Il y avait des jeux pour enfants, et des rires dans tous les coins, des cris aussi, mais des cris de joie quand la machine à sons leur répondait. Dans l’entrée, il y avait des robots qui, quand ils détectaient ta présence, récitaient l’histoire du lieu. Au sous-sol, la salle aux trésors où l’on trouve des timbres et machines anciennes. Au premier, des photos, au second, des informations sur l’histoire, et toute une partie de l’étage consacrée à l’amitié à l’ère du digital.

Quand je suis sortie du musée il était plus midi que 14 heures et je me suis demandé ce que je pouvais faire après. Je voulais faire deux choses précises, retourner au musée de la photographie et aller jeter un coup d’œil à la Berlinische Gallerie. Je marchais dans la rue du Checkpoint Charlie, mais j’avais pas envie d’y aller, je sais pas, quelque chose me repoussait. J’avais pas envie d’enchaîner les musées comme j’avais fait la veille. J’ai hésité à rentrer, mais il était trop tôt encore. Puis j’ai vu un magasin qui faisait les 20 sushis à 8 euros et je suis rentrée.

J’ai pas de photo qui va bien avec mon histoire de sushis

Franchement c’est assez marrant de manger seule au restaurant. T’es posée, tu fais ce que tu veux. J’ai lu mon bouquin en attendant qu’on me serve. C’est trop bien de pouvoir lire au restau. Personne te parle, personne te dérange. Tu manges au rythme que tu veux, ce que tu veux, comment tu veux. Le serveur m’a quand même fait le coup de m’ouvrir une mini bouteille d’eau à 2 euros cinquante que j’ai pas eu le temps de refuser, donc il a pas eu son pourboire, mais à part ça, ça va.

Le vrai moment où ma journée a commencé à devenir un peu sympa c’est au moment où j’ai décidé d’abandonner le musée photo que j’avais déjà vu une fois pour aller voir la galerie d’art. Quand je suis arrivée devant j’ai hésité à rentrer, et je me suis dit que si c’était gratuit je reviendrais une prochaine fois, mais ça coûtait 12 balles (hhhhhhh), donc j’y suis allée, parce que ma carte spéciale m’avait coûté 15 euros, et que c’était la meilleure occasion de la rentabiliser à fond.

Autant vous dire que je ne regrette pas.

J’ai pris ces photos d’escalier parce que je les trouvais sympa avant d’apprendre que ces histoires d’escaliers étaient typiques de Bauhaus

Un musée dédié au Bauhaus, une école d’art prestigieuse de Berlin, qui retrace son évolution, ses élèves, ses pratiques, ses valeurs, son histoire ? Sign me up, je veux y passer cinq heures. Bon j’y suis restée trois, mais c’est parce que je voulais rentrer me poser avant le soir, et ça se fait assez facilement. A un moment dans une salle j’ai croisé un couple de français qui avait un je ne sais quoi de drôle dans leur manière d’interagir et de se comporter, donc je les ai suivis un petit peu parce que la langue me manquait et que leurs commentaires étaient marrants. Ils m’ont vu faire un grand sourire à un moment, ils ont compris que j’étais Française, et on a parlé un peu. C’était super. La semaine dernière je comprenais pas Catarina qui voulait parler à tous les Portugais qu’elle croisait, mais maintenant je comprends un peu mieux. Encore que les Portugais sont un peu plus avenants que les Français, en général.

People are art

Bref bref bref je suis donc rentrée une demi-heure, trois quarts d’heure à l’auberge, le mec parasite au dessus de mon lit était TOUJOURS là, couché dans la même position, mais cette fois avec un Tshirt bleu donc on va imaginer qu’il est après tout quand même capable de se mouvoir. Le soir il y avait le Festival Of Lights qui commençait, donc je me suis dit que malgré toute la flemme que je trimbalais sur mes épaules, il fallait que je ressorte.

from my kind of serie : where is the real artwork?

Quand j’ai passé la porte de l’hôtel un cambodgien s’est littéralement jeté sur moi, m’a demandé si je ressortais me balader ce soir, et puis, juste comme ça, après 30 secondes, il a été décidé qu’il m’accompagnerait dans ma marche de la soirée. Trente secondes. Littéralement. Trente. Certains d’entre vous savent que je me sentais très seule le matin, donc ce mec m’a un peu fait l’impression d’un Jésus qui te tombe comme une masse dessus pour te dire de reprendre ta vie en main parce que bon oh ça va deux secondes de te lamenter sur ton sort alors que t’es dans une ville magnifique pendant que tes potes bûchent leur concours blanc.

Le mec s’appelle Royal, a 25 ans, m’a laissé entendre qu’il avait assez de thune pour pouvoir se faire un voyage improvisé de dix jours pour ACCOMPAGNER, je dis bien ACCOMPAGNER, une amie à lui qui étudie à Paris, avant d’aller se balader du côté de l’Allemagne. Waouh. Ce qui m’a changé avec Royal, c’est qu’il m’a dit qu’il pensait que j’avais 16 ans. Si on fait la moyenne avec l’âge que m’a donné Shohei j’arrive à un petit 21 ans, ce qui n’est pas négligeable. Apparemment j’avais l’air d’être Italienne, aussi. C’est fou, les gens qu’on rencontre, quand on n’a que ça à faire.

Bref bref bref, et le festival des lumières me direz-vous? Franchement, sympathoche. C’était bien sympathoche. J’ai parlé à deux-trois photographes dans la rue pour leur demander quels réglages ils utilisaient pour leurs photos et ils étaient tous en semi automatique, tandis que j’étais en mode manuel tout du long. Est-ce que ça veut dire que je maitrise mieux mes réglages, ou que j’étais juste trop bête pour comprendre la bonne technique (que j’ai essayée, mais ratée aussitôt)? A vous de voir.

On a marché et marché et marché, pas assez comparé aux sushis que j’ai bouffés à midi, mais suffisamment pour passer une bonne soirée et voir plein d’illuminations. Berlin est une ville qui vit, qui respire, qui avance. Vous imaginez, vous, à Versailles, sur l’église Notre-Dame, des illuminations qui ne soient pas en rapport avec la religion? C’est inimaginable, on aurait plutôt Jésus écrit 36 fois et des petits angelots qui virevoltent de part et d’autre, le cul à l’air, tandis que nous autres pauvres mortels incarneraient l’enfer à même le sol parce qu’on n’a pas l’intention de sortir cul nu dans le froid d’octobre comme ces gamins ailés débiles. Je ne sais pas pourquoi je l’ai dit avec une telle agressivité, on va dire que c’est l’air moderniste de Berlin qui m’influence.

Pitbull s’est reconverti

J’ai fini par abandonner Royal (non mais quand même, ce prénom est fou) à l’Alexanderplatz pour rentrer à pied, parce que je connaissais le chemin. Turns out, je ne connaissais pas vraiment le chemin. Moi et mes 10 pour cent de batterie on est partis dignement dans la vague direction du sud ouest, puis quand mes 10 pour cent, fatigués de cette longue route, se sont envolés aux cieux, j’ai décidé d’aller rejoindre le métro pour voir s’ils vendaient des KitKat (à 80 centimes en Allemagne !), avant de me dire que c’était peut-être pas con de prendre ce même métro pour rentrer. J’ai quand même un sens de l’orientation sacrément con parce que quand je me suis retrouvée à la station « Staat-Mitte » qui doit être à 200 mètres de la station que je voulais rejoindre, je dis bien 200 mètres, et cette même station Staat-Mitte je la vois tous les jours quand je marche dans le coin, Tous Les Jours je dis bien, hé bien, j’ai pas réussi à retrouver mon chemin. Donc j’ai pris le métro. Pour un seul arrêt. A pied ça m’aurait pris deux minutes. Là, j’en ai eu pour 8.

Vous constaterez quand même que j’étais pas du tout stressée à l’idée d’être seule dans Berlin, la ville est tellement plus sécurisante que Paris. La seule fois où j’ai reçu des regards bizarres c’est quand je suis partie courir et c’est sans doute parce que j’avais l’air d’un taureau sauvage lâché dans les rues. Par ailleurs je me repère mieux à Berlin que dans notre chère capitale, même si mon aventure du soir ne le montre pas tellement.

Si les députés européens sont absents l’aprèm c’est parce que c’est l’heure de la sieste (la salle est une reproduction de la commission européenne, la photo le montre pas bien, mais faites moi confiance là dessus, j’y étais)

Vous aurez compris à l’afflux d’informations que c’était une journée un peu spéciale, qui a commencé un peu mal et qui a fini quelques notes plus haut sur la gamme des bons moments. Comprendrez vous l’analogie? J’aime bien le dire comme ça.

Humboldt Universitaet

La dernière anecdote marrante c’est que j’ai regardé Shame avec mon amoureux-acteur Michael Fassbender, un film dont le nom indique le type d’activité dont il est question, et que j’étais obligée de me contorsionner pour que les autres de la chambre ne voient pas ce que je regardais. C’était cocasse.

Aujourd’hui samedi je ne sais pas ce que je vais faire. Surprise surprise, as one says. Surprise.

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