Cosmopolite

Après mes deux heures réglementaires passées à traîner dans le Starbucks en rédigeant mon article hier matin, je me suis décidée à sortir pour expérimenter un peu de ce qu’on appelle communément « la société allemande ». Ce n’est pas vrai, personne ne dit ça. Mais j’ai voulu l’expérimenter malgré tout.

Et vous savez quoi?

Je l’ai expérimentée environ 30 minutes et c’est dans les transports que je me suis rappelé que j’avais très, très peu dormi avant de partir, et que marcher autant n’allait pas forcément m’aider à passer un mois en pleine santé alors que mes cernes se creusent à peu près aussi vite que le changement climatique affecte notre planète. Autant dire pretty freaking fast. Presque à vue d’œil. Je pouvais pas le voir moi-même vous vous en doutez mais si j’en crois le regard que me lançaient les mamies allemandes quand je les croisais dans les rues, on va partir du principe que ça valait sans doute mieux que je me pose un peu.

Ca, c’est mon Starbucks, qui est infiniment plus classe que tout ce que vous pouvez imaginer.

J’ai donc pris la décision de rentrer à l’auberge de jeunesse et de décider plus tard de la suite des événements. Sac à dos en place à nouveau, courbatures dans les mollets et détermination dans le regard, je n’avais plus que ce seul objectif en tête, celui de dormir. On a vu plus épique comme voyage, je sais, mais ne vous inquiétez pas, sur un mois il y aura bien un moment où je ne parlerai pas que de ça.

Enfin bref il était aux environs de 14h quand je suis rentrée dans la chambre. J’étais seule, oh miracle. On n’a sans doute jamais vu ça dans une auberge de jeunesse. Et mieux, il n’y avait p a s d e b r u i t et ça c’est vraiment, vraiment extraordinaire. Donc bah oui j’ai dormi hein, je vois pas ce que j’aurais bien pu faire d’autre, à part regarder La Chute pour m’imprégner de la culture de cette magnifique ville. Vingt cinq minutes de repos se sont transformées en… une sieste un peu plus longue dont je tairai la longueur par goût du mystère et pour qu’on ne pense pas que je passe mes journées à ne rien faire.

Si bien qu’à xx heures, tandis que j’arborais avec fierté un visage digne du premier massacre à la tronçonneuse, elle est arrivée, la sublime, l’extraordinaire, l’invraisemblable,

C a t a r i n a

Catarina c’est un peu cette divinité à laquelle tu t’attends pas et qui est trop puissante pour même envisager qu’on lui désobéisse. Par exemple, quand elle m’a jeté un coup d’œil, qu’elle s’est sans doute dit que j’avais l’air pitoyable et terriblement seule à me lamenter sur mon sort du haut de mon lit superposé, et qu’elle m’a proposé d’aller marcher avec elle, je n’ai pas eu d’autre choix que d’accepter.

Dans le tout premier article j’ai écrit qu’on ne se connaît pas réellement tant qu’on n’a pas passé une nuit d’enfer entre deux vieux ronfleurs. Et bien laissez-moi ajouter à cela une nouvelle déclaration : on n’a jamais autant conscience d’être un humain parmi tant d’autres que quand on parle anglais à une portugaise tout en essayant de traduire en allemand tandis que ton cerveau travaille en français (t’inquiète pas maman, viendra bien un moment où la version blonde mangeuse de Bretzel de Catarina me prendra sous son aile). La belle langue française nous revient au galop à grands coups de « putain », « vraiment »  » ouais », la culture quoi. Je vous passerai les moments où on alterne la grammaire des trois langues dans une même phrase, que les dates paraissent irréelles, et que les mots français te viennent le plus naturellement du monde avec l’accent anglais (« donke »). Le pire, ça a été le moment où je n’arrivais plus à parler français parce que je n’arrivais plus à me rappeler que c’était ma langue natale. Le cerveau, quel traître.

Enfin bref. Avec Catarina on a refait tous les lieux que j’avais visités hier, mais en mieux, parce que pouvoir dire des conneries à quelqu’un d’autre qu’à soi même c’est quand même un peu plus sympa.

Cette journée jusqu’à xx heures était assez vide d’énergie, une journée sans comme on dit dans le milieu. Et non pas le milieu, le quartier de Berlin, le Mitte. Puisqu’ils y parlent pas français. Et puis, ils comprendraient sans doute pas la blague. Bien qu’ils soient dans le milieu. Bon.

Maintenant j’ai plein d’énergie pour plein de choses. Catarina s’en fout, Catarina est sociable, Catarina veut vivre. Et j’ai l’intention de plagier Catarina. Il me reste à visiter les musées, les galeries, les expositions photos, à rencontrer des gens, à me faire des projets bizarres et essayer de créer quelques unusual friendships quitte à ce qu’elles ne durent pas longtemps. Cet aprèm j’ai réalisé qu’il fallait pas longtemps pour commencer déjà à changer. Si la vie c’est suivre une personne au hasard qui te propose d’aller à des endroits auxquels tu n’aurais jamais pensé aller, comme cette structure étrange avec une boule disco géante où on a pris un sandwich excellent et un vin chaud immonde, pourquoi pas après tout. Demain je vis, demain je bouge, demain, j’avance.

Enfin non pas tout à fait parce que demain c’est jour férié et tout sera fermé. C’est pas faute de motivation pourtant. Pourquoi faut-il que l’Allemagne se soit réunifiée un 3 octobre? Si je me jette suffisamment de paillettes dans les yeux, je pourrai peut-être prétendre avoir fait plein de trucs malgré tout.

comprendre: je fonce vers l’inconnu

Tout à l’heure, dans la gare, avec Catarina, j’ai pensé que j’aimais ce que je faisais, et que j’avais fait le bon choix. Juste ensuite je me suis dit que j’avais envie de voyager parce que je venais d’oublier que j’étais littéralement à des centaines de kilomètres de chez moi mais c’est un détail qui ne nécessite pas de s’y attarder. Mon cerveau est le compagnon de voyage le plus con que j’ai jamais eu, mais tant qu’il marche on va dire que je peux m’en accommoder.

Et alors, demain, ça donnera quoi?

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