De péripéties en péripéties

vroom

Il fait froid, en France, à 4h30 du matin. Comment le sais-je, me demandez-vous ? Eh bien, de un je répondrai que c’était somme toute une hypothèse avec une forte probabilité de réalisation, et de deux, que je suis allée tester par moi-même.

Coucou, je suis à Rome, mais avant ça j’ai passé la nuit à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, parce qu’après tout, pourquoi pas?

Sans rire, j’ai adoré y passer la nuit. Je n’ai certes pas beaucoup dormi (du tout) mais ce n’est pas ça l’essentiel. L’essentiel, c’est la vie humaine qu’on trouve dans le terminal quand le dernier avion vient d’atterrir. Par exemple, les groupes de voyageurs qui arrivent à intervalles irréguliers, on ne sait pas d’où ils viennent, et quand ils disparaissaient, il nous reste ce sentiment d’incomplétude, et l’on se demande où ils vont. Il y a aussi, à 23h30 passées, cet agent d’entretien qui s’amusait à passer le plus près possible des voyageurs qui commençaient à s’endormir.

Certains d’entre vous ont été témoins en direct de toutes mes anecdotes, mes remarques et mes blagues moyennes, donc plutôt que de tout réciter à nouveau, voici une petite liste de mes observations et expériences au cours de ces quelque 6 heures d’attente (qui sont passées super vite !)

  • J’ai fixé un voyageur qui utilisait la seule prise libre si longtemps qu’il a pris peur et qu’il est parti (oups)
  • Exactement au moment où j’avais trouvé la position idéale pour parvenir à dormir sur 3 chaises désignées très précisément pour que ce ne soit pas possible (impressionnant, je sais, je ferai breveter la méthode un jour), une femme est venue pour réclamer la prise (tristesse)
  • Vers 1h du matin j’ai décidé d’aller me promener, au téléphone avec un ami, et je n’ai croisé personne pendant 20 minutes, c’était très silencieux
  • Comme j’étais au tel avec ce même ami j’ai juste marché un peu partout et je me suis retrouvée à un moment à la gare
  • En voulant revenir j’ai découvert que la porte du terminal était fermée, j’ai cru que j’allais devoir dormir dans l’aéroport même, mais finalement j’ai trouvé une solution
  • En me promenant j’ai trouvé un endroit où c’était beaucoup plus agréable de dormir donc je me suis posée là
  • Oui, c’est possible de s’endormir correctement quand on a un pied sur sa valise et un autre dans la bretelle du sac
  • Non, personne ne juge la façon dont tu dors, on s’en fout de ce avec quoi tu te bloques les yeux, que ce soit ton sac ou ta veste, tant que tu déranges pas les autres, ça va
  • J’aurais dû prendre en photo les dormeurs parce qu’on aurait pu faire une expo photo avec tout ce que j’ai vu

Blah blah blah, départ en avion, vol où j’ai rattrapé mon sommeil, atterrissage. C’est là qu’on voit que j’ai changé depuis Berlin : aucune panique, j’ai pas cherché à trouver absolument où j’étais, j’ai juste marché, je suis tombée sur ma gare au pif et j’ai pris le premier train pour Rome, tout ça dans un calme si complet que j’ai souri en repensant à mon arrivée en Allemagne (pas glorieuse).

du côté de chez moi

Plus tard je suis arrivée dans mon auberge de jeunesse. Alors j’en ai déjà vécu quatre, la toute première de mon voyage précédent restant incontestablement la pire de toutes même si j’en garde un bon souvenir, mais celle-ci, laissez-moi vous dire qu’il y a du niveau. Tout a commencé quand j’ai compris que les photos géniales trouvées sur le site Booking, eh bieeeeeen, c’étaient des photos qui avaient été prises par quelqu’un qui sait y faire ; quand tu passes d’une grande salle à un couloir, il y a comme un certain manque d’équilibre. Ce même couloir, c’est là que se fait ma réception, et plus que tout, je l’ai découvert ce matin, c’est là que se fait le petit-déjeuner ; génial, je sais. La « réception » (une table) est bien évidemment juste en face de ma chambre, et comme tout le monde y passe, j’entends tout, naturellement.

Enfin, ça ne me gêne plus maintenant. Je rappelle que j’ai vécu l’aéroport et Berlin, plus rien ne m’effraie, surtout pas le bruit. Aussitôt qu’on m’a donné ma chambre je suis allée y dormir comme si j’étais chez moi, tranquille, aucune pression. C’est ça ma vie d’auberge : on se prend pas la tête, et ça, c’est beau

(enfin si, on peut se prendre la tête. Elle sort d’où cette city tax soit-disant indiquée sur le site, que je suis supposée payer //en cash//? On y reviendra dans les jours prochains)

*

Rome, donc ! Ville Eternelle, Ville pieuse, où mon copain le pape fait la fête tous les dimanches matins. Ville magnifique, n’est-ce pas. Ville vantée pour ça en tout cas. Capitale de l’Italie. Monuments gigantesques, sublimes, lumière divine, tout ça tout ça. Grandes rues. Colisée. Parcs. … …………………. Est-ce que… c’est grave de dire…. que jusqu’à présent…. ça ne me fait pas grand effet ?

J’ai entendu jusqu’ici l’exclamation choquée de certains, ne vous inquiétez pas, même moi je sais que je dis ça parce que je ne l’ai visitée que crevée, que je n’ai pas fait grand chose et que si je n’ai pas trouvé ça fabuleux c’est parce qu’il a fait nuit assez vite. Et puis même, j’exagère. J’ai dit « Wow » à haute voix en voyant le Colisée et je suis une grande fan des arbres immenses qu’on trouve ici. Ne me lancez même pas sur la température d’ici ; j’aimerais vous en rapporter une pleine bouteille pour que vous vous rendiez compte de la différence entre Paris et ici, il fait tellement doux qu’on dirait qu’on peut mordre dedans. Il y a aussi peu de voitures, peu de circulation. J’ai eu du mal à m’adapter au silence (puis j’ai rallié le quartier touristique et tout allait mieux.)

coucou toi

Je crois que je n’ai tout simplement pas encore réalisé où j’étais. Voir des monuments mal éclairés la nuit, ça donne pas tout à fait une idée de l’endroit où l’on se trouve, même si l’on devine que ce sera extraordinaire en journée. Mon vrai souci, ça va être de prendre des photos, car

Je n’aime pas les cailloux

Et beaucoup de ces monuments sont à l’état de cailloux

(Ne me tuez pas, la traduction concrète de ce que j’essaye de dire, c’est qu’autant je suis en exstase devant ce que je vois, autant je n’ai pas particulièrement envie de le photographier, alors même que c’est justement ce que je dois faire ici ; mais la photographie de monuments pour la photographie de monuments ça va me causer bien des problèmes pour les deux semaines à venir.)

street fashion

Ainsi donc après quelque 12 kilomètres en ville j’ai décidé de rentrer assez tôt à mon auberge pour pouvoir marcher et visiter davantage le lendemain. Sur le chemin, premier cappuccino italien du séjour (à 2 euros 20 quand il y avait marqué qu’il était à 1 euro 50 sur le panneau, bon, tant pis pour moi). Une fois arrivée, après quelques mots baragouinés en anglais je finis par réaliser que mon coloc est Français, la communication se fait donc facilement. Évidemment, je tombe sur le mec qui a visité 16 pays cette année, qui ne fait que bouger depuis qu’il a mon âge, ancien boxeur professionnel, richouille par ses deux sociétés, qui me raconte que pour 9 euros la nuit en Croatie il avait une piscine et une terrasse dans son auberge… En bref, une personne normale quand on voyage pour pas cher, c’est tout juste si j’y étais pas indifférente (oui non quand même pas il a VRAIMENT tout vu).

Deux divinités réincarnées

Ah si j’oubliais. Hier j’ai empêché une agression et j’ai même, par ma simple assurance, empêché qu’on fasse appel à la police. Impressionnant, je sais. Prenez quelques instants pour y penser. Si si j’insiste, glorifiez-moi, acclamez-moi, jetez-moi des fleurs, repensez-y encore, et dites vous que quand je reviens je mérite bien les plus grands honneurs. Ça y est, vous m’avez hissée presque jusqu’au rang des demi-dieux ? Maintenant que votre état mental est à la hauteur de ma grandeur, je case la petite phrase de mon poto parce qu’elle passe bien, et on raconte :

The limits of my language mean the limits of my world. (Wittgenstein)

Alors que je galérais à rentrer parce que ma batterie (pour changer) se suicidait lentement en chemin, j’ai aperçu du coin de l’oeil un vendeur à la sauvette qui s’approchait d’un couple de Coréens pour leur vendre un bracelet. Jusque-là rien d’anormal, jusqu’à ce que soudain, j’entende un bruit de claque, puis je vois le couple de Coréens détaler en criant « help », suivis par le vendeur qui court après eux. Ne saisissant que mon courage (et parce qu’ils m’ont littéralement foncé dessus quand ils m’ont vue), je me suis tournée vers le vendeur pour lui demander, en anglais, ce qu’il se passait. Évidemment je me doutais qu’il était en pleine arnaque mais j’avais entendu un coup et je voulais comprendre. Le vendeur a commencé à essayer de m’expliquer que le bracelet était cassé, qu’ils allaient devoir payer, que c’était 10 euros, qu’il fallait absolument payer maintenant, mais il me le disait avec un sourire en coin donc bon, j’étais pas particulièrement inquiète. Le mec coréen a placé sa main sur mon épaule et m’a regardée avec un visage qu’on aurait cru sorti tout droit d’un film d’horreur avant de répéter « Police! Police! » Je lui ai répondu que non, ça allait, pas besoin d’aller chercher la police. Le vendeur a répété que c’était cassé, j’ai répondu que non, qu’ils allaient le rendre, il a enchainé « Okay, Five euros ! », je l’ai regardé, il a compris que j’étais pas non plus complètement débile, il a continué avec son sourire « Okay give it back », et après quelques secondes de détachage de bracelet avec les mains tremblantes par la copine du Coréen, l’histoire était finie. Enfin presque. Pour X raisons le vendeur m’a attrapé la main pour me remercier (?) et m’a demandé d’où je venais et le Coréen terrifié m’a pris mon autre bras pour vite me tirer de cette situation. Si bien qu’après une telle scène de panique j’avais l’air tellement con coincée entre ces 3 personnes que j’ai rigolé, j’ai dit au revoir aux Coréens, et je suis partie.

peace and love

Je n’ai pas eu l’explication sur le coup que j’ai entendu et qui a fait si peur aux Coréens mais mon hypothèse c’est que le vendeur lui a tapé le poignet pour essayer de casser le bracelet quand il a vu qu’ils n’allaient pas l’acheter ; s’en est suivie la fuite, et mon héroïque intervention.

(Et la phrase de Wittgenstein je la trouve sympa dans cette situation parce que si j’ai pu calmer les trois personnes c’est vraiment juste parce que je savais parler anglais ; avec la longueur du paragraphe on le devine peut-être pas mais ça a duré 3 minutes à peine toute cette histoire).

Bon bref après tout ça comme j’ai dit je suis rentrée à l’auberge, et le repas gratuit indiqué sur le site s’avère être, bah, des pâtes, toutes simples, préparées tous les soirs par les proprios, si bien que j’ai refusé lesdites pâtes. pour cette fois, j’étais trop fatiguée pour écrire, j’ai repéré deux-trois trucs à faire pour le lendemain dont l’adresse de l’office de tourisme, et zou, pays des rêves (ou plutôt du sommeil comateux).

take me back to Athens

Pour finir cet article un peu trop long par rapport à la quantité de photos que j’ai prises, je vais inaugurer ma nouvelle rubrique d’anecdotes, les Fézenvrac

  • A l’heure où j’écris cet article je suis dans un parc random près de l’auberge en face des jeux pour enfants
  • Il n’y a AUCUN STARBUCKS de tout Rome
  • Je ne sais pas où je vais pouvoir trouver des cafés avec des prises si ce n’est pas un Starbucks
  • Hier j’ai mangé mes premières pâtes carbo
  • j’ai vraiment dit « wow » en voyant le Colisée et j’ai pensé que j’avais de la chance d’être ici
  • J’aime pas regarder maps parce qu’il y a des temples et des machins indiqués partout et je sais qu’en deux semaines je pourrai pas tout faire
  • Même après tout ça j’ai toujours pas l’impression d’être ici
  • C’est //Rome// vous êtes sūrs?
  • Aujourd’hui je vais peut-être aller voir tous les grands monuments
  • Et puis après
  • Je sais pas
  • On verra
  • J’ai galéré mille ans à écrire cet article
  • Ma chambre EST la salle commune en fait, les voyageurs attendent sur le canapé
  • Je suis toujours fatiguée
  • Il ne fait pas soleil aujourd’hui
  • C’est pas grave
  • A la prochaine !

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