Et en fin, Berlin

On est tipar

C’est marrant comme on perd la notion du temps quand on est seul. Rassurez-vous quand même, si j’écris cet article en retard ce n’est pas parce que je viens de me rendre compte que j’étais rentrée, mais parce que j’ai procrastiné la conclusion sur un chapitre de ma courte vie.

Il me semble avoir écrit quelque part que si je dépassais deux jours sans rien écrire il ne fallait plus compter sur moi pour m’en souvenir, et c’est sans surprise que j’ai tout abandonné le 17 octobre dernier. Il faut dire aussi que mon avant dernière semaine de départ n’a pas été des plus passionnantes à votre échelle : à raison d’au moins 15 kilomètres à pied par jour, j’ai beaucoup vu, mais en raison d’un appareil photo laissé dans le sac, vous même ne verrez presque rien.

Ce n’est pas que je me sois ennuyée, c’est que je n’ai rien fait de transcendant. Je pouvais passer 4 heures de suite à écouter des podcasts sur la photographie ou sur la mode (slow fashion and sustainability tmtc) sans pour autant me lasser. Musique, aussi, évidemment. Appeler des gens, éventuellement.

Pergammon Museum « L’Oeuvre, c’est l’Autre », pour donner un titre à l’intérêt moindre que je porte au musée d’art antique en lui-même

Il y a même un moment où je suis allée courir, ma plus grande course jamais faite jusqu’à présent, 15 kilomètres sans pause, et j’étais prête à me faire un petit semi-marathon tranquillou quand mon portable m’a lâchée, ce brave ; juste avant de s’éteindre, il a quand même eu la bonté de m’indiquer sur maps que je m’étais trompée de direction et que j’étais pas loin de sortir de Berlin… Oups.

Sans musique ni carte, j’ai dû rentrer en transports en commun et je suis certaine que les Allemands qui partageaient mon wagon étaient ravis de voir débouler une étrangère en tenue de sport bien dégueu. Après tout, avec les jeunes punks qu’on croise un peu partout, ils doivent être habitués à bien pire.

image en grand rapport avec les punks à chiens

Ensuite il y a plein de petites choses, comme les parcs dans lesquels j’ai passé pas mal de temps, à lire ou à écrire ou à ne rien faire, pour changer. Il y a ce nombre exceptionnel d’expos photo que j’avais repérées et que j’ai loupées parce que, au choix : je n’avais pas regardé les horaires d’ouverture ; il y avait une fermeture exceptionnelle ; le site indiquait le mauvais mois ; et ainsi de suite. Sur la dizaine repérée, j’en ai fait deux ou trois de bout en bout, et on peut en rajouter trois autres sur lesquelles je suis tombée par hasard.

Tout ça c’est un résumé non exhaustif de ma semaine du 14 au 20 octobre, et, à vrai dire, des deux premiers jours de ma dernière semaine berlinoise, les 21 et 22.

Enfin… Presque.

Vous connaissez ces petits moments étranges, ce sentiment qui vous fait dire « Hmm… il y a quelque chose que je dois comprendre, mais je ne parviens pas vraiment à mettre le doigt dessus ». Voilà mon histoire.

Si on me cherche on me trouve (bis)

Le lundi 21 au soir, j’avais mal à la tête, j’avais éteint mon portable pour le charger, et je lisais le bouquin en allemand que j’avais acheté plus tôt dans le mois. C’est une biographie d’une femme random, le genre de personne qui a rencontré tous les artistes les plus éminents de son temps, et qui déclare à plusieurs reprises « oulala je ne m’étais vraiment pas rendue compte que tel et tel et tel éminents personnages étaient épris de moi! » Je caricature un peu, je l’aime bien en plus, elle est attachante. Enfin bref je lisais sa vie fantastique et je me souviens d’avoir pensé « je sais pas trop si je voudrais vivre une vie comme ça, mais j’aimerais bien rencontrer quelqu’un dont c’est le quotidien ».

Le mardi 22, 18 heures. Je regardais une fille prendre une photo dans la rue, à peine bizarre. Représentez-vous une fille à demi voilée par son écharpe qui s’arrête bien ostensiblement pour en regarder une autre. J’étais plantée là, à jeter un vague coup d’œil à la façon dont elle cadrait, et je commençais à me dire qu’il était temps de se remettre à bouger. Ça faisait 10 secondes que je me disais ça, à vrai dire. Et je ne bougeais toujours pas. En ce jour qu’était le mardi 22 à 18 heures, mes métros ratés, expos fermées, et pause déjeuner m’ont permis, après ces 10 secondes, de rencontrer Christian.

quand tes photos sont meilleures à l’iPhone

Alors là comme ça ça fait un peu roman d’amour moyen et comme l’article commence à être long il va falloir abréger : Christian n’est pas un beau jeune homme blond aux yeux bleus, c’est un vieil artiste excentrique de l’époque surréaliste qui a fait sa carrière dans la médecine sans pour autant jamais délaisser son envie de création. Le mec se dit ami avec Andy Warhol (c’est le genre de personne qui a l’air de parler d’amitié assez rapidement, en tout cas c’est certain qu’il l’a rencontré), il connaissait très bien (et j’y crois !) la femme de Henri Cartier Bresson, plusieurs autres grands noms que j’ai oubliés d’artistes de tous milieux, et il a rencontré des gens comme Johnny Depp, Vanessa Paradis, Angelina Jolie…

Bref, comme je disais trois paragraphes plus haut, j’étais en train de vivre ce moment étrange, celui-là même que j’avais envisagé la même.

Évidemment quand un mec de soixante-dix ans m’accoste tout simplement dans la rue pour me dire « there is a beautiful room inside the building you are looking at, do you want me to show you? » j’accepte direct. Aucune pression. Ainsi va la vie.

Après avoir essayé de rentrer une première fois, Christian s’est fait refouler parce qu’il y avait une fête, après quoi il s’est tourné vers moi pour me dire « I know another way to get in », pour se faire refouler à nouveau. Ça vous donne une idée du personnage. Bref, une conversation, un café et une heure plus tard, il était convenu qu’on passerait ma dernière journée à Berlin à visiter des expos ensemble.

pour le côté artistique on repassera mais pour ma défense c’est une Photo Grande Vitesse

C’est ainsi que je me suis retrouvée à boire cinq cafés à la journée dans tous les endroits les plus classes de Berlin, tous ceux que tu ne fais pas quand tu ne viens que pour quelques jours (oui bon j’étais là un mois mais c’est la première fois que je partais seule, faut pas s’étonner si j’ai pas les réflexes de chercher les endroits un peu spéciaux)

J’ai touché l’eau de la piscine dans laquelle Elton John s’est sans doute baigné, au Schloss Hotel. La reine d’Angleterre actuelle y a résidé souvent aussi, mais je sais pas, j’arrive pas à l’imaginer barbotant dans l’eau. On est allés à Grunewald où il y avait des dizaines de chiens, encore un café quelque part, des expos intéressantes, un certain monologue de Christian mais ça passe, et des boutiques de bouquins d’art comme Taschen.

La reine d’Angleterre a peut-être vu les même choses que moi

C’était une journée tellement bizarre. Ma liste d’artistes sur lesquels je dois me renseigner s’est allongée d’au moins vingt noms. (« Do you know him? -No. Do you know her? -No. This one you have to know! Nope. »)

Bref bref bref. Le soir j’ai diné avec Hanna, et je lendemain, grand départ pour la France, avec plein d’émotions contradictoires dans la tête. Christian m’a filé un vintage de son grand père. Il y a quelques jours, il m’a envoyé un paquet avec une dizaine de photos en plus, des chocolats et un sac que je chéris.

On n’en rencontre pas partout des comme ça.

La vie de palace que Christian m’a faite découvrir

Tout ceci mériterait sans doute de plus amples descriptions, mais je pense qu’il vaut mieux s’arrêter là pour le moment, même si j’adorerais m’extirper les images de la tête pour mieux vous faire comprendre. Comme quoi ça a quand même son intérêt la photographie.

La vie est floue même après un mois à Berlin, mais si je sais bien un truc c’est que quand j’ai vu des images de la capitale à la télé plus tard, une fois rentrée à Versailles, j’ai dit en rigolant « c’est chez moi! » mais au fond je l’ai quand même un tout petit peu pensé.

Et maintenant, où est-ce que je peux bien aller me perdre?!

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