Le début d’une grande aventure

Grande mortalis aevi spatium, comme dirait mon grand pote Tacite. Longue durée dans la vie d’un mortel. Bon, pour la longue durée on repassera, mais un mois dans une capitale inconnue, loin de chez moi, de mes amis et de ma famille, du haut de mes 19 ans, je trouve que c’est déjà pas mal pour commencer.

Pour être honnête, je sais pas trop trop ce que je fais là. Par là, j’entends ce Starbucks dans lequel je me cache depuis une heure et demi parce qu’il pleut dehors et que je n’ose pas encore aller me jeter au devant de l’inconnu. Sinon, à Berlin, je sais ce que je fais. Je change de vie.

Il y a un mois je n’avais aucune raison de penser que j’allais quitter la khâgne après deux semaines tout juste de cours pour aller à l’aventure. Comme quoi il suffit d’une insomnie pour changer du tout au tout. Appareil photo à la main, gourde dans le sac, idées plein la tête, c’est l’heure de la grande aventure!

Bon, pour le moment la grande aventure consiste en huit heures de train et une nuit en auberge de jeunesse, mais quelle nuit. J’aurais jamais pensé qu’il pouvait se passer tant de choses à deux heures du matin : on ne connaît pas sa vrai nature avant de passer une nuit avec un écouteur cassé et deux personnes qui font un concours de ronflement dans les lits d’à côté. C’était une véritable compétition : plus je cherchais à m’endormir désespérément sur fond de musique Pokémon dans l’oreille droite alors qu’il me restait 4% de batterie, plus dormeur numéro 1 et numéro 2 rivalisaient dans leur imitation de moteurs de bateaux lancés à pleine puissance.

La nuit promettait d’être longue, j’étais déjà en train de me préparer à ne dormir que 3h, je me concentrais de toute mes forces sur ma musique pour me noyer dedans avant qu’elle ne s’arrête, quand soudain, par magie, par bonheur, par chance, et sans doute parce que je toussais tellement qu’il devait sentir son lit vibrer, dormeur numéro 3 s’est réveillé, et dormeur numéro 3 a allumé la lumière, et dormeur numéro 3 m’a demandé si je voulais un thé, et est allé m’en chercher un. Dormeur numéro 3 voulait sans doute juste s’assurer que je lui claquerais pas entre les doigts (t’inquiète pas maman, je suis pas malade, je tousse juste depuis quelques jours) mais grâce à lui j’ai pu dormir le mieux du monde jusqu’à 8h du matin. Il dormait encore quand je suis sortie, et je n’ai jamais souhaité autant de bien à un inconnu. Quant à lui, je pense qu’il n’a jamais autant souhaité que je m’étouffe une bonne fois pour toutes. C’est beau l’Humanité.

Par ailleurs, la vie doit bien m’aimer, parce qu’au matin il me restait 1% de batterie, et ma musique m’a accompagnée jusqu’au dernier instant.

Enfin bref, tout ça pour dire que vu comme c’est parti je m’apprête à vivre un mois un peu fou, mais c’est tout ce que je souhaite, et au point où j’en suis autant en profiter à fond. Prochaine étape, l’office du tourisme, Checkpoint Charlie, des rencontres bizarres j’espère, et tout plein de photos et de souvenirs. Que naisse le Moi d’octobre, ou quelque chose comme ça.

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