Quelque 38 kilomètres plus tard

Trente-huit kilomètres à pied, ça veut dire que je confonds mes journées. Je sais vaguement qu’on est mercredi, mais quant à savoir ce que j’ai fait tel ou tel jour, c’est une autre affaire.

Ça veut dire aussi que je confonds mes photos. Déjà, je les ai rangées dans le mauvais dossier à un moment, elles se sont mélangées, donc je ne sais plus lesquelles sont à Berlin lesquelles sont à Potsdam. Bref, le déroulé de cet article sera aussi chaotique que ma journée d’aujourd’hui (où j’étais à Potsdam, quand même, ça je m’en souviens).

J’avais pour objectif aujourd’hui de marcher au moins 20 km à pied, et j’ai bien choisi mon moment parce qu’il a plu toute la journée. Pour le coup, il n’y a qu’une toute petite pointe d’ironie : j’aime vraiment beaucoup marcher et photographier sous la pluie, c’est mon appareil photo qui aime moins. Ça ne m’a pas empêchée de marcher entre 10h et 16h, à errer sans but.

J’ai refait comme le premier jour de mon arrivée. J’ai cherché du regard le premier truc un peu flashy en hauteur de la ville, et j’ai commencé à m’y diriger. J’avais toute confiance en mon sens de l’orientation, je me suis fixé un point imagine à l’emplacement de la gare, et zou, j’étais partie à l’aventure à nouveau.

Bien sûr, quand j’ai un projet pareil en tête, ça signifie que je l’abandonne au premier parc que je croise pour aller jeter un coup d’œil à la rivière et à la déco du coin. Entre les nuages, le silence des courageux (ahem. Petite interruption. J’entends par là le silence parce que presque personne n’a osé sortir par ce temps, mais c’est beaucoup plus joli et classe de le dire comme je l’ai dit) et les écouteurs cassés, on était bon, on était bien, on était près, en avant pour la randonnée urbaine.

Je suis sûre qu’il y avait plein de choses vraiment extraordinaires à voir, en ville, vraiment, des bâtiments, musées, sculptures et statues aussi sans doute, des restaurants pour obtenir les aliments nécessaires à sa propre survie, mais j’étais trop occupée à grignoter mes belvitas, trempée (ou bien mes belvitas trempés, à vous de voir) tout en sillonnant le parc de Sansoucis. Comme le laisse entendre le nom, on s’y sent plutôt pas mal bien. Le seul souci que j’ai effectivement rencontré c’est quand mon portable est passé de 46 pour cent de batterie à sa mort subite devant le château dudit parc, et j’étais embêtée parce que j’en avais besoin pour compter mes kilomètres, mais il s’est vaillamment rallumé et est resté à 10% en mode avion pour le restant de la journée.

Pile quand je commençais à me dire qu’il était temps de sortir du parc pour me remplir les yeux d’autres choses, je suis tombée sur ça, qui est, disons le, assez extraordinaire. J’ai pris 30 millions de photos de l’endroit que j’adore, mais ça deviendrait lassant de les balancer toutes d’un coup. Elles apparaîtront un jour sur mon instagram, d’ici 1 an, peut-être, si je n’oublie pas leur existence.

A Postdam et à la sortie du parc on trouve aussi l’université, qui est, ahem.

Comme ça.

J’avoue, j’avoue. Ça donne un peu envie de venir faire ses études en Allemagne.

Bref bref bref, je marche je marche je marche, j’écoute la pluie parce que j’ai plus de musique ou de podcast, la pluie et les voitures plutôt, chacun sa poésie. A un moment je range mon appareil photo trempé ; trois minutes après, je le ressors parce qu’il y a trop de choses à photographier. Et ceci deux ou trois fois. C’est fou, Potsdam. Les bâtiments sont extraordinaires. Et je n’y ai passé que 5h, dont 4 sur 5 à gambader joyeusement je ne sais où dans je ne sais quel parc? Un pur bonheur. Je ne sais pas si j’aurai le courage d’y retourner demain (aussi parce que je fais le trajet illégalement, mon billet ne couvre pas la zone), mais ça vaudrait le coup. Vraiment.

Me revoilà partie faire mon petit bonhomme de chemin, à tâcher tant bien que mal de compléter mes kilomètres malgré mon sac qui me tue les épaules.

A un moment, quand même, j’ai rangé l’appareil photo. Eh ouais. La photographie c’est aussi savoir faire des sacrifices. Je voulais protéger mon bien le plus précieux et sacrifier toute ma dignité par ailleurs. Ressembler à une serpillère vaut mieux qu’être une serpillère avec un appareil cassé. N’écoutant que mon courage, et, comme je l’ai dit plus tôt, le point imaginaire que je m’étais fixé pour retrouver ma route, j’ai rebroussé chemin et j’ai commencé à rejoindre la gare.

C’est après avoir vu un panneau « Zentrum à 2 kilomètres » à deux reprises en quarante minutes que je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant d’envisager la possibilité que peut-être il serait bon de réfléchir à l’éventualité selon laquelle la probabilité de chance de m’être perdue ne soit pas nécessairement inférieure à 0.

J’étais à un bon 40 minutes à pied de la gare, au bord de la rivière, près d’un port.

L’aventure n’attend pas.

Plein de petites anecdotes sur ce trajet. Déjà, j’ai joué dans tous les parcs pour enfants, parce que s’il y a bien un truc que j’ai appris au cours de mes quelques années d’amitié avec certains abrutis qui font partie de ma vie désormais, c’est qu’il n’y a pas d’âge pour les parcs de jeux pour enfant. Aussi, pour ceux que ça intéresse, c’est vachement marrant de faire de la balançoire tout seul sous la pluie devant les yeux incrédules des gens du coin. On se sent vivant.

sans retouche

Il y a eu ce moment où j’ai cru que je voyais en noir et blanc à cause de la couleur des feuilles par terre.

mes fidèles alliés

J’ai lancé un culte, aussi, avec des canards à qui j’ai généreusement offert des gâteaux bio de chez Lidl. J’avais des cannes à mes pieds, un cygne a même commencé à ramper vers moi sur un sol incliné, j’ai jamais vu ça. J’étais puissante. Et j’ai perdu un gâteau dans l’histoire. Grand moment dans la vie d’une femme.

Plus tard, c’est une joie enfantine qui s’est emparée de moi quand j’ai vu les attractions d’une fête foraine, en particulier cet espèce de machin qui te lance 5 mètres dans les airs. J’y ai marché comme possédée, un air béat sur la figure. Hélas. J’ai vieilli. La jeune enfant que j’étais n’est plus. L’esprit de mon porte-monnaie s’est emparé de moi, a pausé la main sur mon épaule et m’a dit, « tu pourras toujours en faire plus tard ». De même pour les churros. Je suis partie de cette foire sans consommer. Mon désespoir est sans fin.

Finalement à Potsdam j’ai racheté (encore…) des écouteurs, j’ai repris mon train, comme j’étais crevée je me suis trompée de métro à un moment, j’ai fini quelque 45 minutes dans un starbucks pour recharger ma batterie, je suis allée me prendre un smoothie bio (Mango Chia Boost pour les intimes) et j’étais partie pour les 5 kilomètres de l’Alexanderplatz à mon auberge. Je me suis rappelé de manger vers 22h, et nous y voici, le soir même de cette folle journée, à rédiger.

A demain pour de nouvelles zaventures.

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